Lorsque, pour ma part, je me promène dans les travées de ma bibliothèque, le long de kilomètres d’étagères qui portent les parfums mêlés des papiers acides et d’une poussière échouée, j’avoue être fascinée. Fascinée par ce mausolée où je suis agréablement minuscule. C’est là, d’ailleurs, un sentiment si fort que si quelqu’un se disait insensible à ces charmes, ce serait une chose bien mystérieuse pour moi.

Il faut aimer le dindon
Beaucoup de dindons doivent, sans nul doute, éprouver ce même bonheur. En particulier ceux, qui ont encore la chance de fouler les parquets et de caresser les boiseries des BMC, sortes de paradis terrestres auxquels ne parviendront que les élus parmi les élus.
Mais il y a aussi de ces dindons, davantage virtualisés, qui ont eu beaucoup d’affection pour leur bibliothèque et l’étudient numériquement.
Il y a, ainsi, mille et une façon d’aimer son établissement, peut-être même d’être idolâtre pour certains dindons d’entre nous. Parmi lesquels, je l’avoue, je me reconnais !
Et puis la bibliothèque n’est-elle pas, au moins un peu, le reflet de nous autres qui y travaillons, y cataloguons efficacement, y assurons de longues et sereines plages de service public, y réalisons d’extraordinaires animations, y bloguons même ? Quand nous chantons la bibliothèque, ne portons-nous pas en réalité nos louanges à ceux qui la font vivre, c’est-à-dire nous ?
Voici, une fois encore, la preuve par Internet !
Dernièrement en consultant la liste des blogs de bibliothèque que vous trouverez sur bibliopédia (cliquez donc sur : liste), j’ai eu la surprise de découvrir… le dindon travesti, dans une liste longue comme ma patte. Quel étonnement ! En plus de voir que quelqu’un s’est généreusement chargé de ma pub, j’ai pu m’apercevoir que je suis loin d’être la seule à papotter sur le net et à imposer à quelques patients lecteurs les soporeux effluves de mon verbe peu audacieux.
Car il y a pléthore ! Cela tient du miracle. Et il y a de tout. Outre le fait que certains de ces blogs sont, malheureusement, déjà fermés, nous y observons de très diverses orientations, parfois palpables dans l’intitulé. Entre le blog très sérieux et honnête destiné au livre ancien (citons par ex. Bibliomab) et le blog davantage autobiographique (voyons Miss Milly), on peut très vite se retrouver perdu dans la jungle épaisse du Web : des blogs spécialisés (pour acquéreurs de CD, DVD…), quelques animaux (outre le dindon, on trouve apparemment un babouin en bibliothèque), des expériences professionnelles étrangères, des aventures locales (le blog de Tremblay les Villages…), quelques titres évocateurs, pourquoi pas physiques, comme Le nombril de la Belle Beille, Vagabondages (Vaga-bondages ? Un truc SM ou alors c’est moi qui ai l’esprit mal placé ?). Bref. Il y a de tout. Et beaucoup.
J’avoue alors être dubitative quant à mon droit à la parole dans cette fabuleuse – mais gigantesque – chorale. A moins que le fait de me sentir obligée de parler des bibliothèques, est la preuve que j’ai trouvé mon écosystème. Et que mon irrévérence n’est, finalement, que la démonstration de mon attachement.
Certes.
Mais il n’y a pas que les blogs. Car nous nous diversifions. Pas bête, le dindon ! Pas folle, la dinde !
Il y a Facebook, MySpace, Flickr, SecondLife (pour celles et ceux qui ont du temps), Netvibes (je recommande Bibliobrest, le travail remarquable de Brest), Wikipedia (pour certain wikipédien chevronné de mes amis) où nous nous efforçons de (re)trouver nos chers usagers-lecteurs-utilisateurs-clients, dont la courbe des inscriptions chez nous décrit la triste inflexion de la fleur assoiffée.
Et bien entendu, cela, c’est sans parler des sites très officiels de nos bibliothèques respectives.
Alors je pose deux questions. Oui, deux ! Premièrement comment pourrions-nous donner de la lisibilité à cette offre ? Bibliothécaires de tous les départements, unissons-nous ? Car, tout de même, nous n’écrivons pas que pour nous, enfin pas uniquement. Et puis, deuxièmement, nous qui parlons tant de conservation, et depuis quelques années de la conservation électronique, comment allons-nous conserver cette masse d’informations que nous nous acharnons à produire ? Tout cela va-t-il disparaître comme nous dans une mort clinique ?
Y-a-t-il une vie après la mort pour nos blogs ? Et si oui, faut-il que je convertisse le mien ?
Brünhilde Wagner