Le dindon travesti

De l’adieu en bibliothèque

janvier 17, 2010 · Laisser un commentaire

Je vous l’avais promis, ce petit article sur les pots de départ en bibliothèque. Ce sera moins tendancieux que les charmes et la sensualité du bibliothécaire… Alors, qu’ont-ils de tellement à part, ces pots de départ ? Méritent-ils davantage de blabla que les pots de départs au Minefi ou dans une collectivité territoriale (quelle qu’elle soit) ? Est-ce pour moi une occasion supplémentaire de déblatérer plutôt que de la boucler ? Ont-ils une ou des spécificités suffisamment remarquables, ces pots, pour que j’en fasse ici une quelconque mention ?

Pour ma part, je le crois. Il arrive parfois que les dindes soient, elles aussi, prises (bien entendu pas plus que l’espace fugace d’une ou de deux coupes de champ’) d’une vague mélancolie à l’écoute du discours final qui est le rideau  jeté sur

© kemaris.fr

une vie professionnelle entièrement consacrée à une seule bibliothèque (généralement) ou pour le moins pour une bonne part (la vingtaine d’années est une moyenne acceptable). aux côtés d’autres volailles qui, elles aussi, se consacrent corps et âmes  aux livres et aux périodiques, aux lecteurs et aux fiches de catalogues imperturbables. Le bibliothécaire est fidèle. Hélas, comme dirait certain héros tchekhovien.  Et imprévoyant. Hélas, parce que l’État étant le dieu tutélaire philanthrope que l’on sait, la pitié n’est guère de mise et lorsque la décision de se séparer d’un loyal collaborateur tombe des nues administratives ou bien qu’il n’existe pas d’autres solutions pour le petit fonctionnaire que de prendre la poudre d’escampette par la petite porte de la mutation (avec avis favorable du chef d’établissement, cela va sans dire), celui-ci s’en va en fermant précautionneusement la porte derrière lui, sans faire de bruit, en poussant le vice jusqu’à remercier même qu’on lui permette de fermer la porte…

J’en ai vu quelques uns, récemment, de ces départs, de ces sorties qu’on nomme joliment retraite, de ces poursuites de carrière qu’on baptise sincèrement mutation. Ils avaient tous en commun un insolite malaise, flottant parmi l’assistance comme à l’enterrement d’un vieillard chiant dans l’attente de l’ouverture du testament. J’ai eu l’opportunité d’assister à des pots de départs en collectivité territoriale et ceux-ci n’avaient nul trait commun à ces fêtes un peu manquées des adieux en bibliothèque. Ce qui est unique en bibliothèque, c’est d’abord – à l’époque du cadre dynamique et hyperactif qui change régulièrement de poste, de ville, de vie – cette inertie des carrières des professionnels… Regardons autour de nous, dans nos bibliothèques : combien sont-ils à avoir fait leur vie là, ceux qui nous entourent ? Et combien parmi les plus jeunes arrivants suivront cette même pente un peu confortable ? Peut-être y a-t-il à ce niveau une première explication : ces bibliothécaires, ces magasiniers qui ont passé davantage de temps ensemble qu’auprès de leurs familles respectives, ceux-là, ils ont vécu ce que vivent tous les individus regroupés longuement : quelques pauses café sympathiques, de nombreuses disputes, moult cancans, des frustrations, des promotions parfois obtenues en grillant la priorité à l’un ou l’autre collègue… Et ça pendant quarante ans ? Quoi d’étonnant à ce que les uns et les autres se sentent partagés au moment d’un départ : faut-il se réjouir d’être débarassé de quelqu’un que l’on a trop vu ou s’attrister des années qui ont finalement bien vite passé ?

La seconde spécificité tient principalement au management passéiste propre à de nombreux établissements documentaires, dans lesquels le chef d’établissement exerce une forme de paternalisme distant qui conduit, habituellement, à rendre les relations des uns aux autres quelque peu artificielle voire malaisée. Les discours prononcés à l’occasion du pot de départ sont assez souvent écoeurant d’une hypocrite et bienveillante neutralité. Celui qui part glisse quelques souvenirs parmi les perles de sa mémoire (lorsqu’elle n’est pas déjà affectée d’alzheimer) rappelle quelques antagonismes, quelques frictions dont l’assistance se gausse à présent comme il se doit, affirme qu’il n’oubliera jamais ses merveilleux collègues (comment le pourrait-il ? il les a supporté pendant quarante ans) puis vient le tour du chef d’établissement qui s’attarde sur de nombreuses et joviales banalités (il a le sourire qui lui va jusqu’aux oreilles), banalités qui n’engagent à rien et assurent avec le poli de formules bien choisies à quel point celui qui quitte les lieux est irremplaçable… Mais qui peut penser, après avoir pratiqué un tant soit peu l’administration française, que qui que ce soit peut prétendre être irremplaçable ? Ne faudrait-il pas être soi-même affligé d’une débilité profonde ou d’une céleste candeur pour ne pas s’offusquer de ce seul mot, qui, d’ailleurs, est d’une médiocre ingéniosité ? Et que dire alors de celui qui se permet un humour si déplacé ?

Le plus désagréable est sans doute que ces discours sont conclus par des phrases qui se veulent pleines d’esprit, histoire de montrer qu’on a gardé le sens de l’humour… Cela ressemble étrangement à une fête de famille, à l’ancienne mode. Et, finalement, c’est probablement ce que c’est. En vivant reclus sur nos équipes et nos collections, nous formons des tribus imperméables au monde et, au moment de partir, nos rituels sont presque des prières pour les agonisants.

Que mon lecteur se rassure. En ces pages virtuelles, il ne lui sera jamais infligé – bien qu’il lui faille déjà supporter une plume passable – de ces mots d’au-revoir intempestifs. Car le dindon est bien décidé à le rester coûte que coûte. Même si cela doit durer quarante voire quarante et une annuités. Et la seule révérence qu’il fera lui sera extorquée bien malgré lui. J’en suis certaine.

Brünhilde Wagner

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Pour Capucine, hip hip hip…

janvier 14, 2010 · Un commentaire

Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant aujourd’hui l’article de Caroline Rives dans le dernier numéro de la revue Bibliothèque(s) ! Parmi les blogs listés, un oscar du billet « scabreux » décerné à votre honnête et rêveur dindon. Pour être exacte, non pas à la dinde qui s’escrime à écrire de médiocre petits articles peu réguliers au demeurant, mais à l’inénarable et rutilante Capucine Schmoute, rédactrice téméraire d’une brève révélant à notre stupéfaction générale certains ébats.

Librarian lips

Loin de moi l’idée de dénigrer le talent littéraire de ma divine amie ! Bien que partageant avec Capucine l’honneur d’avoir été citée, j’avoue tout de même être dubitative (si je puis) de cette citation. Mais pas surprise. Dans un univers feutré et, somme toute, traditionnel, le corps (humain) du bibliothécaire interpelle, il interroge, il dérange, il suscite – pas toujours malgré lui – quelques sous-entendus. Quelques non-dits aussi, de temps à autres, impudiquement révélés. Au contact du public, davantage des publics, il donne parfois son étrange mesure. Et il sait porter (mais si ! ça arrive !) l’un ou l’autre fantasme. Tout est question de personnalité. Du bibliothécaire, cela va sans dire.

L’étonnant sujet de mémoire DCB de Marie Delos – Corps de conservateur et désir de bibliothèque – fait rêver… Et évoque de lascifs chapitres sans aucun doute infiniment plus captivants que certaines procédures de catalogage. Je reconnais n’avoir pas eu l’occasion de lire le dit mémoire – bien que ce ne soit pas la curiosité qui manque.

Entre l’image que les usagers ont généralement des bibliothécaires et la réalité du terrain (combien de nos collègues n’ont-ils pas un physique absolument charmant… j’ai des noms pour les intéressés !), il y a un gouffre qu’il est étonnant de mesurer. Il m’arrive ainsi régulièrement de voir la surprise de mes lecteurs lorsque je leur dis que je suis une dinde des bibliothèques. « Mais vous êtes bien jeune », m’assurent-ils. « Certes », m’empressé-je de répondre. Et je rougis.

Il y a aussi l’inusable coup de téléphone suivi d’une rencontre et le « je vous imaginais plus vieille »… Bref.

Nous ne pouvons pas ignorer non plus que nos bibliothèques sont souvent le lieu idéal des rencontres amoureuses de jeunes gens qui viennent chez nous moins pour plancher sur les cours de la fac que pour profiter de la vie. Ajoutons enfin qu’il n’est pas rare que la tentation nous guette nous aussi, lorsque, assises aux banques de prêt, aux inscriptions, défilent devant nos yeux papillotant, comme dans une pub pour cola, de musculeux trentenaires. Bref.

Tout ça pour pointer, une fois encore (était-ce bien nécessaire ?) ce paradoxe bibliothéconomique. Là où se bousculent tant de personnes, dans les bibliothèques bourdonnantes et vivantes, n’est-il pas naturel de trouver, avec les Liaisons dangereuses et La vie sexuelle de Catherine M., un tantinet de… euh disons séduction ?

B.W.

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C’est pas trop tôt…

décembre 20, 2009 · Laisser un commentaire

C’est Noël, c’est pour ça. Il fallait attendre. Mettre ce voeu sur la liste du père Noël ou frotter très fort la lampe d’Aladin. Que sais-je encore ?

Ils nous ont fait patienter… Languir même… Mais enfin, ils se décident ! Ca y est ! Le dindon peut enfin sortir de son pesant silence doré pour se faire héraut roucoulant et annoncer la finalement prochaine création de l’association des anciens de l’enssib.

On est fier de lire sur le site de l’enssib la date retenue – le 25 janvier 2010 à 11h30, si je ne m’abuse. Souhaitons que cette association parvienne à accomplir les missions fort honorables qui seront les siennes : annuaire exhaustif et mis à jour, participation à la vie culturelle de l’enssib, soutien des élèves pour leur entrée sur le marché du travail…

La dinde curieuse que je suis ira bientôt aux renseignements – à la source en étant présente le 25 janvier – afin de tenir ses lecteurs aux courants de tous les cancans qui se diront ce jour-là et faire le récit détaillé de la journée…

D’ici-là, bien entendu, le dindon peut reprendre la plume et s’en donnera à cœur joie. L’objectif ? Un article sur le décret concernant les conservateurs, un autre sur les pots de départ en bibliothèque.

Bien à vous.

B.W.

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Dites-le avec des fleurs !

mai 16, 2009 · 3 commentaires

Facebook, c’est fabuleux quoique déjà nettement hasbeen ! Comment faisait-on autrefois pour connaître si parfaitement l’humeur des uns et des autres ? Ce qui, il est vrai, n’a  aucun intérêt en réalité. Mais quand même… Je me surprends de temps à autre, à lire attentivement la liste fort longue des états d’âmes de mes compères dindons (et des autres aussi, cela va sans dire). Il en est d’ailleurs qui, dégoutés  de l’indiscrétion constante du réseau social, ont fini par se désocialiser et quitter les pages de cette liturgie humaine quotidienne et ô combien virtuelle et impudique. Je salue ici, parmi d’autres, le cher Séverin von K. Gloire à toi, divin ami : que ce courage qui t’a fait préférer l’anonymat numérique t’ouvre bien grandes les portes de la rémission virtuelle.

Tout ça pour dire que j’ai dernièrement lu deux commentaires sans ambiguité que deux dindons ont ostentoirement rédigés sur leur profil respectif :  le dindon n°1 déclare avoir « baptisé l’une de ses collègues VCP » (pour la compréhension du sigle, adressez-vous à lui), le dindon n° 2, plus modestement, « haît certains de ses collègues ».

Alors, là, je dis stop. Voyons, voyons ! Ne criez pas par la voix du Web, dites-le plutôt avec des fleurs ! Le message, plus discret, passerait sans doute mieux. Ainsi, laissez-moi vous donner quelques exemples. Si vous offrez :

  • de l’ail : c’est pour demander une protection (curieux, non ?). C’est donc à votre chef bien-aimé qu’il faut en offrir, afin que celui-ci puisse, après en avoir fait bon usage, discuter longuement avec vous et vous prendre , bien près, sous son aile ;
  • des boutons d’or : c’est pour mettre en garde contre les dangers de la richesse et du bien, il faut donc les offrir à vos sous-fifres trop ambitieux, pour leur faire bien comprendre que ce n’est pas en agitant les syndicats qu’ils vous déboulonneront (avantage : vous pouvez les cueillir vous-même et ça ne coûte rien) ;
  • des amaryllis : là c’est quand vous ne voyez plus le bout du tunnel, en clair vous demandez grâce (soit à un chef un tantinet trop exigeant, soit à l’agent comptable de l’établissement qui bloque vos commandes depuis six mois, soit, encore une fois, à vos gentils subordonnés qui ont en tête de vous faire un procès pour harcèlement moral parce que vous leur avez demandé de façon trop insistante de travailler… et non, je ne suis pas monomaniaque) ;
  • de la cannelle : c’est que vous avez grave flashé sur un/une collègue. Il ne vous reste qu’à choisir la forme : en poudre ou en baton. Mélangée à un peu de lait, cela fait un excellent  onguent dont vous pouvez vous enduire avant de déclarer votre flamme et qui vous donnera une fière allure de pain perdu ;
  • de la digitale : c’est un aveu de manque de sincérité… Faute avouée à moitié pardonnée. Reconnaissez donc que vous cherchez un autre poste ce qui aura pour conséquence que votre boss va avoir bien du mal à vous trouver un remplaçant pour les tâches harassantes qu’il vous avait confiées. Vous pouvez aussi exprimer ainsi une demande de congés de formation (longs, généralement trois ans pour poursuivre une thèse qu’on ne finit jamais). Sinon, si l’imagination vous manque, la digitale distillée donne, paraît-il, d’excellents remèdes contre les collègues abhorrés ;
  • de la sauge : c’est pour une fin de carrière et reconnaître mémoire et immortalité. Si vous en recevez, c’est mauvais signe.

La liste est interminable, vous voyez. La vieille dinde que je suis en sait encore long et pourra vous en révéler davantage sur les charmes du language des fleurs, si vous le souhaitez… Pour ma part, je l’avoue, je ne me sers plus que des fleurs pour exprimer ma tendresse, mon affection ou mon dédain. Je nourris en ce moment-même et en grand secret le projet d’offrir quelques fleurs à une mienne collègue qui, après avoir fait blanchir mes tempes, prend un très enfantin plaisir à me scier les nerfs à la tronçonneuse.  J’ai pensé, puisqu’un rien la rend heureuse, de lui faire cadeau de plantes carnivores. Qui sait ? En en offrant une pleine brassée et en les affamant  durant une semaine ou deux, elles se jetteront peut-être sur cette VCP…

B.W.

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10 mai…

mai 10, 2009 · Laisser un commentaire

10 mai 2009. Dimanche sombre et nuageux, davantage propre à une Toussaint  maussade et traditionnelle. Rien qui puisse ensoleiller une promenade bibliothéconomique. De toute façon, les bibliothèques sont fermées aujourd’hui. Loin de moi l’idée de lancer ici le débat sur les horaires d’ouverture, sur les jours ouvrés ou non.  Bien que le sujet ne manque pas d’intérêt. Mais là, pas assez de punch ni de détermination.

Alors puisque l’atmosphère porte à la mélancolie, je me suis ressouvenu (et là vous avez le droit , très honorés lecteurs, de vous ébahir devant ma mémoire d’éléphant) que le 10 mai est une date très française et pas dénué d’intérêt pour suggérer une interrogation professionnelle.

Elisabeth de France par Vigée-Lebrun

Elisabeth de France par Vigée-Lebrun

En effet, le 10 mai, c’est la date (anniversaire pour ceux qui veulent) de la mort du bon vieux Louis XV (1774) mais aussi de sa petite-fille, Madame Elisabeth de France (1794). Le Bien-Aimé a succombé à la petite vérole, rappelle pudiquement Wikipédia (mon encyclopédie Larousse de 1933 en 6 volumes ne donne malheureusement aucune précision médicale). Quant à la malheureuse Madame de France, elle, meurt sur l’échafaud. Ce qui permit à la légende (surtout à Madame de Genlis en réalité) d’assurer qu’après que la princesse-vieille fille de tout juste trente ans se soit faite débiter en deux morceaux, un parfum de rose se répandit sur la place de la Révolution (actuelle place de la Concorde et ancienne place Louis XV)…

Je m’en tiens là pour le rappel historique, car, après tout, l’idée n’était pas tellement de me faire mousser en ces pages. C’est juste que c’est deux-là ont, finalement, bien mérité de la mémoire nationale – du moins, n’ont-ils pas davantage démérité que d’autres.

Et puis ce bref mémorial me donne l’occasion de bavasser sur les bibliothèques et leur rôle de gardien mais surtout de diffuseur de la mémoire-histoire. Institutions dépositaires des stigmates du passé, aux côtés des musées, elles ne doivent pas, me semble-t-il, se satisfaire seulement de la mise à disposition (même dans les meilleures conditions) du matériel d’étude et de connaissance. Adossées à l’université, elles participent, bien sûr, activement à la recherche contemporaine. Mais défendant des usagers malveillants (ils le sont tous, nous le savons bien) les petits-rien du temps qui contribuent à la méta-histoire, elles sont maîtresses des organes vitaux de la mémoire collective. Et il n’y a dès lors plus qu’un pas à faire pour dire que les bibliothèques peuvent très efficacement faire vivre une société (en l’alimentant de son passé) … ou l’étouffer, en devenant le geôlier précautionneux d’un patrimoine.

L’action culturelle est une voie d’exploration. Elle ne saurait être la seule : les limites en sont connues, par exemple en terme d’impact réel sur le public mais aussi de moyens financiers et humains mis à disposition. Il faut se pencher, sans doute, sur tous les outils de communication dont nous pouvons user afin de (res)susciter, chez nos utilisateurs, le goût de découvrir et d’appréhender son histoire.

Que mon lecteur me pardonne ces quelques lignes impudiques ! L’influence néfaste de Maître Jules Michelet, récemment réédité en ses dix-sept volumes de l’Histoire de France aux Editions des Equateurs et que je m’attache à lire in extenso avec persévérance, me servira d’excuse !

Et puis tant qu’on y est, pour conclure, et puisqu’il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour les morts du 10 mai, profitons de ce jour brumeux pour nous rappeler, aussi, que l’impératrice Joséphine est morte un 29 mai 1814 (l’anniversaire est pour bientôt) : amis lecteurs préparez donc torches et flambeaux pour la procession prochaine du souvenir !

Brünhilde Wagner

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Création d’une association des anciens élèves de l’Enssib

avril 14, 2009 · 2 commentaires

Chers lecteurs,

Réjouissons-nous ! Une association des anciens verra très prochainement le jour. Je vous laisse découvrir ci-dessous de quoi il s’agit.

B.W.

L’Enssib disposera très prochainement, à l’instar des autres grandes écoles françaises, d’une association des anciens élèves grâce à la création de l’AAEE (association des anciens élèves de l’Enssib).

Celle-ci a pour ambition de réunir à la fois les anciens élèves de l’Enssib toutes formations confondues (masters, FIBE, DCB) et les anciens élèves de l’ENSB et de l’IFB, tout comme les chartistes qui ont réalisé le cursus sans formation à l’ENSB.

Trois objectifs motivent cette création.

Il s’agit, d’une part, de réaliser puis tenir à jour, avec l’appui de l’Enssib, un annuaire renseigné des anciens.

D’autre part, en bonne entente avec l’Enssib, cette association aura pour but de prendre part à la vie de l’école. Cette participation pourra prendre la forme d’une représentation des anciens au sein de tous les organismes dont l’activité serait de nature à influer sur la conception de programmes d’études à l’Enssib et par là, sur la carrière de nos futurs collègues. De même, l’AAEE pourra participer à l’animation culturelle et sociale de l’Enssib, mais aussi prend part à l’intégration dans le marché du travail des élèves en cours de formation en assurant un parrainage des élèves.

Enfin, et suivant le désir d’apporter une réelle plus-value à l’école, l’association aura aussi pour mission de tisser des liens avec les associations comparables des écoles étrangères de bibliothéconomie.

Une proposition de statuts est disponible. Les professionnels des bibliothèques et de la documentation intéressés et dont la formation, au moins pour partie, a été effectuée à l’Enssib, l’ENSB ou l’IFB, sont invités à consulter ce projet de statuts et à se faire connaître auprès d’une des trois personnes ci-dessous.

L’assemblée générale constitutive qui votera les statuts et élira le premier conseil d’administration se tiendra très prochainement. Une information complémentaire (date, lieu, horaires) sera apportée dans les plus brefs délais afin de permettre à tous d’y prendre part, soit physiquement soit par procuration.

David-Georges Picard

Proposition de statuts : statuts aaee

Contacts :

Emilie Bettega

Emilie.Bettega@univ-mlv.fr

Susie Dumoulin

susie.dumoulin@bnu.fr

Rémi Mathis

remi.mathis@parisdescartes.fr

David-Georges Picard

david-georges.picard@bnu.fr

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Avis aux jeunes dindes et dindons : le pire est encore – et toujours – à venir.

avril 8, 2009 · 3 commentaires

               Certes, vous avez survécu à une année entre les murs blancs d’une école lyonnaise que la décence m’interdit de nommer ici, ainsi qu’à la rédaction d’un mémoire fulgurant sur l’économie du livre dans le Cantal ou l’avenir des FRBR en BU. Et vous vous dîtes, l’esprit léger, depuis une bibliothèque de New-York, Milan ou Pont-à-Mousson, que, finalement, être un conservateur en pleine éclosion, ce n’est pas si mal. Mais déjà se profile à l’horizon, telle la dorsale du grand blanc, la fatidique quête du premier poste (du-du, du-du, du-du-du-du-du-du… vous connaissez la suite). Et là, je m’enfonce dans mon fauteuil au coin de la cheminée, je rallume ma pipe et je vous dis : ne paniquez pas, vos aînés sont là pour vous aider.

Lorsque, revenus dans votre Alma mater, vous découvrirez la liste des postes qui vous seront donnés en pâture, il est probable que vous soyez un peu refroidi : oui, si on vous les propose, c’est parce qu’aucun conservateur déjà en exercice n’en a voulu, hein. Vos rêves de maroquin patiné s’éloignent un peu plus. Mais les DCB sont tous les mêmes, et le critère géographique va vite devenir votre principal souci : dans « SCD de Paris 28 », c’est surtout « Paris » qui vous saute aux yeux. Comme 75 % de vos collègues. La lutte s’annonce rude, mais je ne vous apprends rien.

Très important : apprenez à décrypter une fiche de poste, qui est plus traître

qu’une annonce immobilière ou matrimoniale.

 On vous dit :                                                                    Comprenez :

Responsable de la conservation                               Port de charges et travaux salissants (asthmatiques et maniaques s’abstenir)

 On vous dit :                                                                    Comprenez :

Parc informatique                                                          Expliquer huit fois par jour comment allumer un ordinateur

 On vous dit :                                                                    Comprenez :

Gestion d’équipe                                                             Planning des vacances et bureau des plaintes pour magasiniers dépressifs

 On vous dit :                                                                    Comprenez :

Poste proche de la direction                                    « Dites moi, mon petit, vous pouvez m’écrire ma note de synthèse pour demain matin ? »

 On vous dit :                                                                    Comprenez :

Projet de formation                                                       Il me semblait qu’on venait à l’Enssib pour éviter l’Educ’ Nat’, non ?

Ensuite vient le délicieux temps des entretiens. Si vous le pouvez, renseignez vous à l’avance sur vos interlocuteurs : vous apprendrez des choses très distrayantes sur leurs manies bibliothéconomiques, leur vie sexuelle ou leur goût en matière de vestons. Cela ne vous servira sans doute à rien sur le moment, mais 1-ça vous fera rigoler en cette période tendue et 2- rumeur et médisance sont les deux mamelles du quotidien du conservateur digne de ce nom. Attention, les recruteurs ne sont que trop rarement corruptibles, il vaut mieux mettre en avant les recoins les plus obscurs de votre CV et expliquer, que, oui, décidément, votre passé de chef scout fait de vous un chef de projet tout trouvé. Les voies des bibliothèques sont, tout comme celles du Seigneur, impénétrables, et on ne sait jamais très bien ce qui emporte l’enthousiasme de vos futurs chefs.

Puis, lorsque les bibliothèques vous auront entendus, elles émettront leur préférences (ou plutôt : elles leur seront arrachées par harcèlement téléphonique). Et vous pourrez, ô innocentes volailles, vous enfermez tous ensemble pour vous partager les postes, en une sorte de Yalta bibliothéconomique : « si tu me laisses la BPI, je te donne Cujas » « ah oui, mais j’hésite entre Sainte-Barbe et Bordeaux 3… ». On se dispute, on marchande, on crie, on rit, on pleure : c’est mieux qu’une telenovela brésilienne. Et les caractères se révèlent, ou se confirment, comme jamais. Je ne reviendrai pas ici sur les événements indécents de l’an dernier, d’autres plus talentueux que moi les ont déjà évoqués en ces pages. Méfiez vous donc de tous : de vos collègues, certes, mais aussi des bibliothèques qui ont parfois de comportements d’allumeuses de première (ah oui, mais en fait non), et de vous-même, de vos emportements et de vos générosités qui vous perdront. N’oubliez pas que vos –au moins- trois prochaines années sont en jeu. Et trois ans, ça peut être très long…

Soit dit en passant, ceux et celles qui souhaitent que je touche un mot de leurs qualités aux dieux tutélaires du grand poulailler peuvent toujours me glisser une petite enveloppe sous la porte de mon bureau. La vie du conservateur parisien n’est pas donnée, et ce geste saura être apprécié à sa juste valeur. Sur ce, mes petits dindonneaux, bonne chance et peut être à bientôt ?

 

Séverin von K.

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La leçon (managériale) de Google

mars 22, 2009 · Laisser un commentaire

GoogleGoogle est une bien curieuse entreprise. Quelle que soit l’opinion que l’on ait d’elle, son succès technique, commercial et  marketing est incontestable. Il est plus que temps, pour nous bibliothèques, de nous pencher sur les origines de ce succès qui ont conduit et continuent de conduire Google à être la plus extraordinaire source d’information au monde. Au point de nous déposséder légitimement et légalement de notre raison d’être et de faire des bibliothèques/médiathèques physiques tout autre chose que des lieux sacralisés du rassemblement documentaire.

Nous savons que les liens et indications fournis par Google sont souvent loin d’être satisfaisants dans la recherche scientifique et valide, exhaustive et minutieuse, exigeante et scrupuleuse. Toutefois, Google – en tant que moteur de recherche – dépasse en usage, et sans surprise, les moteurs les plus performants et gratuits mis à disposition par les bibliothèques. Les statistiques qui s’enchaînent à ce propos le démontrent immanquablement. Google s’étend au livre numérisé, bravant les règles initialement inflexibles du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle, avance dans les domaines variés de l’image, de la cartographie, de la vidéo, du design, etc… Si Google avait dû être humain, l’entreprise aurait été l’exemple idéal de l’humaniste savant, pluridisciplinaire, empirique et touche-à-tout.

Cette réussite, à l’époque de l’hyperspécialisation et de l’enfermement des universitaires dans des domaines très étroits du savoir, n’est pas le fruit du hasard. Google a développé une technique novatrice de management permettant un vaste champ d’expérimentations, d’essais, d’échecs et de tâtonnements… Avec, au final, la mise en place de fonctionnalités audacieuses et inattendues. Le vrai progrès qu’a permis Google tient avant tout dans l’approche  et la compréhension du travail en équipe (le fameux « team » made in USA). Je ne reviendrai pas sur les études faites autour des organigrammes et les hiérarchies, dont il n’est pas vraiment question ici. Il s’agit davantage de la place laissée, dans le temps de travail réglementaire de l’entreprise, à l’imagination libre des salariés pour la réalisation d’un projet personnel. Google, c’est le laboratoire. Mais en mieux !

Car dans un laboratoire, la recherche est fortement encadrée, administrativement et/ou scientifiquement. Google consacre une partie du temps de travail au développement d’un projet quel qu’il soit et qui puisse être, à terme, exploitable par l’entreprise. C’est cette prodigieuse liberté laissée aux individus qui, sans nul doute, participe activement du succès pérenne de Google. Les salariés, auxquels est reconnue la libre gestion d’une partie de leur temps, et, par  cela même, amenés à s’auto-encadrer (donc à faire la preuve de leur conscience professionnelle soit ne pas « profiter de la situation » pour paresser) sont, de toute évidence, efficaces et productifs. Et il y a fort à parier que cette ouverture joue un rôle non négligeable dans l’ambiance générale.

Il ne serait pas déplacé de concevoir et d’instaurer un régime similaire dans une bibliothèque. Faisons un rêve : laissons trois heures par semaine à nos personnels pour proposer et concevoir un projet. Certes, avant d’étendre pareille mesure à tout un personnel, il faudrait probablement avoir recours à un échantillon. Mettons donc que nous accorderions à quelques uns, sur la base du volontariat, la possibilité de développer le projet qu’ils aimeraient voir naître dans la bibliothèque (signalétique, projet documentaire, action culturelle, etc.). Avec l’éventualité d’un projet monté par un groupe (mais a priori ne devant pas compter plus de trois personnes pour éviter de perdre le dynamisme initial). La première étape serait la formalisation du projet supposant une présentation au chef d’établissement qui validerait ou invaliderait le projet. Ceci afin de respecter les codes administratifs français. En cas de validation, il serait demandé au(x) participant(s) un calendrier et des rapports d’étape réguliers et le suivi serait assuré par le chef de service.

Je n’ai aucun doute sur la perspective que semblable politique ouvrirait : une ambiance plus détendue au sein des établissements, une (saine) émulation entre les divers porteurs de projets, la mise en place de passerelles inattendues avec d’autres entités de la société (entreprises privées, institutions publiques, associations…). Et je suis convaincue qu’à l’épreuve des faits je ne serais pas détrompée. N’hésitez pas à me démontrer, par l’exemple cela va sans dire, que je suis dans l’erreur.

Brünhilde Wagner

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Le dindon entre en politique !

mars 15, 2009 · Un commentaire

Dindon et femme célèbre
Dindon et femme célèbre

Allez, c’est dit ! Le dindon entre en politique. Ce qui ne serait pas une première. On trouve un nombre prodigieux de volatiles de tout ramage dans cet univers-là. Allant du vulgaire moineau, parfois tout juste apte à voleter dans un conseil général, au rapace carnivore régnant tout-puissant dans un hôtel parisien de quelque très chic arrondissement…

Et puis le dindon a toute sa place dans le concert des grinçants braillements des assemblées, qu’elles soient locales ou nationales. Pourquoi laisser toutes les places occupées aux très sur-représentés avocats et hommes de loi qui hantent les dédales chamarrés du Palais Bourbon ou du Luxembourg. Car si l’on est ambitieux, il faut l’être pleinement. Faisons un rêve…

Le dindon est, que nous le voulions ou non, déjà politisé. Et les Américains nous tracent, une fois de plus, la voie bibliothéconomique !  La très exemplaire ALA montre le chemin et Jean Hassenforder n’aurait peut-être pas, dans certaine oeuvre,  nié l’importance politique du dindon aux states. D’ailleurs, si nous nous penchons un peu sur l’actualité outre-Atlantique, que voyons-nous ? Eh bien, chers dindons français, que les présidents américains prennent Bush et dindongrand plaisir à se pavaner au côté de dindons tout aussi américains selon une ancestrale coutume. Voyez donc ci-contre ce cliché sauvagement piraté sur le net par votre serviteur : un ancien maître du monde n’hésite pas à prendre la pose au côté d’un fier représentant des méléagrididés (le dindon est à votre droite).  Chaque année pour Thanksgiving il est de coutume de gracier deux de ces volatiles… En revanche, il n’a jamais été question de se laisser photographier en compagnie de ces adorables animaux. Mais cela n’a pas effleurer M. Bush qui a dû penser, probablement, que cela lui permettrait de gagner quelques voix auprès de ces électeurs des élevages trop souvent oubliés (une minorité à soigner).

Bref. Trêve de mauvaises plaisanteries. Si le dindon doit entrer en politique, ce n’est pas tellement pour faire la roue. Il n’a pas encore assez de plumes bigarrées pour le faire. Mais l’évolution de la société, celle des universités, le poids constamment croissant des services administratifs et financiers au sein des bibliothèques doivent le faire réfléchir. Si le dindon français ne veut pas être une espèce en voie de disparition irréversible , il doit -  peu importe que cela doive lui coûter de lutter contre sa timidité naturelle et son peu de disposition pour le discours – faire entendre sa voix. Il y a, aujourd’hui, beaucoup trop de lieux, virtuels ou non, où il peut se faire entendre. Il le fait, d’ailleurs, souvent au sein d’associations professionnelles (ABF, ADBU, ADBGV,…) ou d’espaces de formation (Urfist, Enssib…). Mais quel écho ces clameurs ont-elles ?

Le dindon travesti s’interroge… Si en France le lobby n’est guère une forme de participation politique entrée dans les mœurs, il n’est d’autre possibilité pour le dindon que de participer activement et de s’engager dans les très sélects cénacles des décideurs. Et, de facto, de se faire élire. Représentant les intérêts de tous, il représentera aussi les siens propres qui, soit dit entre nous, ne déméritent pas.

Si nous sommes convaincus de l’importance de nos établissements dans la vie des campus et des villes, si nous prêchons fiévreusement auprès de qui veut bien l’entendre que nos bibliothèques sont les forums indispensables de la société moderne – ce qui n’est pas une creuse prétention  – donnons-nous les moyens de les défendre. Et par la même occasion d’assurer leur pleine intégration au fonctionnement des communes, des départements agonisants, des universités… Et pourquoi pas des régions ? Car l’avenir de la bibliothèque, n’est-il pas le conseil régional, suprême pouvoir d’une nation qui devient girondine ?

Il n’est guère question de se payer de bons mots. Il faut seulement que nous sentions – c’est ce que croit  le dindon tout travesti qu’il est – que notre avenir ne dépend que nous. Aux armes, amis dindons, aux armes !

Brünhilde Wagner

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Le dindon doit-il être résistant ?

février 18, 2009 · 2 commentaires

 En son printemps, le sieur Desproges avait déjà soulevé la question. Être résistant ou collabo… Car il y avait entre 1940 et 1944, incontestablement, avantage à être l’un ou l’autre (quand on avait le choix). Et puis, le temps de se décider, la guerre était finie…

S’il y avait là, au moment du sketch, de quoi secouer (très) vaguement le français franchouillard un peu suiviste (le veau gaullien, spa?), l’interrogation, d’une manière certes plus nuancée, mérite d’être posée. Et au dindon, comme aux autres fonctionnaires. Car le fonctionnaire, qu’il soit d’État ou de collectivité territoriale voire de la fonction hospitalière (n’oublions pas nos consœurs volailles des basse-cours médicales) ne donne pas souvent son opinion. Ou bien, lorsqu’il la donne, c’est généralement pour se plaindre des conditions de travail discutables, des salaires bas, etc. voire – bien que rarement, cela va sans dire – pour ne rien dire.

Alors, cette passivité est-elle acceptable ?

Non, vous répondra le dindon. Of course, not.

La liberté de verbe dont le dindon travesti se targue ici doit à présent être quelque peu éprouvée.

Car quel est-il, le dindon, sinon – selon une étude IPSÈS/Sofros de 2008 – un fonctionnaire :

  • avisé et respectueux (pour 100 % d’entre nous)

  • qui s’il n’est pas toujours de l’opinion de ces chefs (pour 70 % d’entre nous)

  • obéira sans broncher (pour 50% d’entre nous).

  • Il arrive même qu’il ne contredise pas son supérieur hiérarchique (pour 30% d’entre nous)

  • voire ne donne pas du tout d’opinion (pour 0,5% d’entre nous).

Mais affirmons-le ici bien haut : le dindon, bien que parfois docile, a sur le service public, les outils bibliothéconomiques, les objectifs et les résultats de nombreuses idées qui, tantôt, ne sont pas à dédaigner.

Pourquoi, vous demanderai-je alors, pourquoi le dindon ne donne-t-il pas son avis sur les grandes options politiques concernant son domaine ? Par exemple – et au hasard – Europeana. Merveille des merveilles, s’il avait dû en exister une. Merveille qui d’ailleurs n’a pas hésité à planter à Bruxelles lors d’une présentation très officielle. Et qui a été indisponible pendant un certain temps. Bien sûr, mauvais bougres que nous sommes, nous dindons, nous nous ruâmes sur le site qui digéra mal cet afflux massif de clics en tout sens. Et nous fîmes échouer cette parade française digne de la roue du paon.

Le duc de Gontaut

Le duc de Gontaut

Le dindon s’est offusqué, bien évidemment. D’abord pourquoi Bruxelles et pas Strasbourg ? La capitale rhénane de l’Europe ne semblait pas avoir d’attrait aux yeux de la Ministre… Il faut croire que les quelques millions de volumes qui dorment paisiblement dans certain établissement célèbre du coin n’attire pas l’oeil des grands. Surtout s’il s’agit de numérisation.

Mais laissons de côté ces pseudo-sarcasmes politiciens. A ce jour, qu’en est-il d’Europeana la glorieuse ? Nous en sommes encore à la version dite « bêta » (ou version simplifiée pour individu décerébré) avec un graphisme ni glamour ni affriolant. Bien entendu, il s’agit de répondre aux canons esthétiques de vingt-sept nations européennes (au final) et pour ne pas faire d’impaire, autant choisir le fond blanc on-ne-peut-plus-neutre… Blanc royaliste, indiscutablement. 

Je remarque surtout que, si les partenaires de ce projet sont prestigieux, une myriade d’institutions et de collectivités (bibliothèques de villes moyennes, musées privés…) ne participent d’aucune manière. Et comment cela se pourrait-il ? Pas ou trop peu d’information sur les standards informatiques choisis et leur mode de sélection. Une approche qui se veut « culturelle » c’est-à-dire fourre-tout, au lieu d’une approche universitaire ou scientifique (sur le modèle allemand). On a préféré juxtaposer les ressources numérisées, comme un gigantesque catalogue, plutôt que penser cette oeuvre selon un approfondissement sémantique (cf. New York Public Library) incluant d’autres ressources informatiques disponibles, entre autres, sur les bases de données (à quand la licence nationale pour l’accès de tous les citoyens aux bases de données payantes ?) mais aussi un lexique de mots-clé commun aux langues des nations… C’est-là le vice français du centralisme. L’organisation régionalisée de la concertation ne peut se faire si Paris est définitivement au coeur de tout. Peut-être est-ce d’ailleurs ce paris-centrisme qui a conduit à oublier Strasbourg ou à lui préférer Bruxelles. En province, il n’y a peut-être pas d’accès Internet… J’invite mon lecteur à faire un essai (conseillé à votre serviteur par un dindon général) : taper le nom d’une ville (essayez Strasbourg) dans le moteur d’Europeana puis dans celui de Google. Et comparez.

Il en va d’Europeana, dont je suis, malgré tout, très admirative, comme de tout autre sujet politique. Le dindon ne doit pas accepter que les décisions se prennent sans qu’il ait eu voix au chapitre. Il en va de son devenir mais il en va aussi de son devoir. Car fonctionnaire, il doit la loyauté à l’Etat et donc de donner son opinion franche sur les orientations suivies, lorsqu’il en a la possibilité.

Donner son avis n’est pas chose facile. Nous tremblons tous, peu ou proue, lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur une question délicate, politique souvent d’autant plus sensible que les décideurs s’impliquent personnellement. Et si cet art de la diplomatie, du rond-de-jambe et de la courbette (l’administration a aussi ses courtisans) est long à acquérir, ne faudrait-il pas y préparer le jeune dindon dès l’enssib ? Tout comme la gestion des équipes, le « management », la maîtrise du discours à destination de la hiérarchie et l’affirmation individuelle sont en passe d’être l’équipement de base pour la survie du dindon.

Brünhilde Wagner

→ 2 Commentaires Catégories : Bibliothéconomie · Sarcastique
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